L’agrivoltaïsme, mariage inédit entre production agricole et électricité photovoltaïque, s’impose comme une solution innovante face aux défis énergétiques et environnementaux. En combinant culture et énergie renouvelable sur la même parcelle, cette pratique offre une nouvelle dynamique pour la protection des terres arables menacées par l’urbanisation et le développement des infrastructures énergétiques. Apparue initialement comme un concept scientifique dans les années 1980, elle s’est rapidement étoffée grâce aux avancées technologiques et aux besoins croissants de diversification de la production agricole.
En France, où la pression foncière est forte et où le changement climatique accentue les aléas pour les agriculteurs, l’agrivoltaïsme présente un potentiel important validé par plusieurs projets pilotes et démonstrateurs. Par exemple, en Nouvelle-Aquitaine-Poitiers, les chercheurs d’INRAE mènent des études approfondies sur les impacts de cette double activité et sur les bénéfices en termes de rendement et de confort pour les cultures comme pour les animaux.
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Essentiellement centrée sur une exploitation intelligente des surfaces déjà cultivables, cette approche promet d’être un levier majeur pour l’intégration des énergies renouvelables en zones rurales, tout en valorisant la terre et en offrant des revenus complémentaires aux agriculteurs. Cette évolution, portée par différentes innovations techniques, législatives et économiques, promet de bouleverser le paysage agricole et énergétique du pays.
En bref
L’agrivoltaïsme combine production agricole et électricité photovoltaïque sur une même parcelle.
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Il vise à préserver les terres arables tout en développant une source d’énergie renouvelable complémentaire.
En France, la législation récente encadre strictement ce système pour garantir un équilibre entre agriculture et production électrique.
L’agrivoltaïsme représente une solution durable face au changement climatique et aux défis énergétiques.
Définition de l’agrivoltaïsme : origine, concept et objectifs
Signification du terme agrivoltaïsme et fondements scientifiques
Le terme agrivoltaïsme résulte de la fusion des mots « agriculture » et « photovoltaïque ». Scientifiquement, il s’appuie sur le principe de cohabitation spatiale et temporelle entre une production agricole et une exploitation photovoltaïque pour générer de l’électricité. Cette approche optimise l’utilisation du foncier en permettant un double usage de la même surface, sans sacrifier la qualité de l’activité agricole.
Cette idée s’appuie sur des recherches scientifiques démontrant que, sous certaines conditions, l’ombrage partiel et modéré imposé par les panneaux solaires peut protéger les plantes des stress climatiques tout en maintenant, voire en améliorant, la productivité. Dès les années 1980, des laboratoires ont commencé à étudier ces interactions, et depuis la décennie 2010, la montée des enjeux énergétiques et environnementaux a amplifié l’intérêt de cette technologie.
Méthode fondée sur le principe d’« usage partagé » des terres.
Démonstrations expérimentales sur le contrôle du microclimat sous panneaux.
Recherche d’équilibre entre la lumière nécessaire aux plantes et la production photovoltaïque.
Combinaison réussie de l’agriculture et de la production d’électricité photovoltaïque
L’objectif premier de l’agrivoltaïsme est de ne pas compromettre la production agricole tout en ajoutant une source significative d’électricité renouvelable. Cela nécessite une installation sur mesure, adaptée aux besoins des cultures ou des élevages présents. Par exemple, les panneaux peuvent être placés en hauteur pour laisser passer les machines agricoles et limiter l’ombre.
Certaines cultures comme le maraîchage ou la viticulture tirent avantage de l’ombrage que procurent les panneaux, qui régulent la température et l’hydratation du sol. Des systèmes innovants avec panneaux mobiles permettent aussi de moduler en temps réel cette couverture, maximisant la photosynthèse et la production d’énergie.
Hauteur des installations adaptée aux activités mécanisées.
Ombre partielle bénéfique dans les zones chaudes ou sèches.
Optimisation simultanée des deux types de productions.
Préservation des terres arables face à la pression énergétique
Face à la pression grandissante sur les terres agricoles pour l’implantation de fermes solaires classiques, l’agrivoltaïsme propose une protection accrue des sols fertiles. Il limite ainsi le risque de délaissement ou de bétonisation des surfaces précieuses pour l’alimentation. Selon une étude réalisée par l’Ademe, moins de 5% des terres cultivables exploitées en agrivoltaïsme pourraient suffire à couvrir 20% des besoins énergétiques français en électricité.
En valorisant plusieurs usages du même espace, ce système constitue une alternative qui limite la concurrence entre activité agricole et production énergétique, enjeu crucial dans le contexte des tensions environnementales actuelles.
Critère | Fermes solaires classiques | Agrivoltaïsme |
|---|---|---|
Surface utilisée | Entièrement dévolue à l’énergie | Surface partagée entre agriculture et énergie |
Impact agriculture | Perte complète de terres agricoles | Maintien voire amélioration de la production agricole |
Rendement énergétique | Optimisé, sans contrainte agricole | Un peu moindre mais compensé par double usage |
Chiffres clés et potentiel mondial de l’agrivoltaïsme
Au niveau mondial, l’agrivoltaïsme intéresse de nombreux pays pour ses multiples bénéfices. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon un rapport récent, moins de 2% des terres agricoles mondiales équipées suffiraient à produire 10% de la demande mondiale d’électricité. En France, près de 40 projets pilotes sont en cours, notamment dans la région Nouvelle-Aquitaine.
Les évaluations des premières expérimentations démontrent une augmentation du rendement net global, combinant production d’énergie et production végétale, ce qui donne à ce mode d’exploitation un avenir prometteur pour l’agriculture durable et la transition énergétique.
Potentiel d’énergie renouvelable important sans artificialisation supplémentaire.
Déploiement en augmentation chaque année en France.
Multiplication des démonstrateurs INRAE pour ajuster les systèmes selon les filières.
Typologies et technologies d’installations agrivoltaïques adaptées aux activités agricoles
Différenciation des systèmes : panneaux fixes, mobiles et bifaciaux
Les technologies d’installations agrivoltaïques sont variées et adaptées aux spécificités des cultures et des élevages. On distingue principalement :
Panneaux fixes : positionnés de façon permanente, souvent en hauteur, adaptés aux grandes cultures mécanisées.
Panneaux mobiles / motorisés : capables de pivoter ou de s’incliner, permettant d’optimiser l’exposition selon les besoins agricoles et la production électrique.
Panneaux bifaciaux : ces panneaux captent la lumière solaire des deux faces et augmentent ainsi le rendement global, particulièrement sur les sols réfléchissants.
Cette diversité technique permet de répondre aux conditions variables, maximisant les bénéfices pour la production agricole tout en assurant une production d’électricité efficace.
Agrivoltaïsme et adaptation aux cultures, élevages et configurations de terrain
Chaque type de culture ou élevage impose une configuration spécifique. Par exemple :
Dans les cultures hautes (arbres fruitiers, vignes), on privilégie des panneaux en hauteur.
Pour le maraîchage, l’ombre partielle des panneaux mobiles peut protéger du stress thermique.
Les élevages, notamment ovins et bovins, bénéficient de zones ombragées sous les panneaux pour le bien-être animal.
Sur les terrains vallonnés, les panneaux verticaux ou bifaciaux optimisent la captation selon la pente et la direction du soleil.
Les agriculteurs peuvent ainsi adapter les systèmes selon leur savoir-faire et les contraintes locales, tout en maximisant le double usage de leur foncier.
Serres photovoltaïques et innovations techniques récentes
Les serres photovoltaïques constituent une autre innovation majeure. Elles combinent la protection des cultures sous serre traditionnelle avec l’intégration de panneaux photovoltaïques transparents ou semi-transparents et intelligents. Cette technologie permet de :
Protéger les cultures des intempéries tout en produisant de l’électricité.
Moduler la lumière reçue selon les besoins des plantes.
Augmenter la productivité agricole dans les zones où l’ensoleillement est variable.
Ces techniques sont actuellement au cœur des expérimentations menées par l’INRAE et les partenaires industriels, afin d’en optimiser la rentabilité et la robustesse face aux défis agronomiques.
Études de cas : viticulture, grandes cultures, élevages ovins et bovins
Plusieurs études concrètes illustrent l’efficacité de l’agrivoltaïsme :
Viticulture : le projet sur les vignes Merlot à Bordeaux (sud-ouest de la France) a montré que les panneaux solaires protègent la vigne des excès de chaleur estivale, limitant le stress hydrique et améliorant la qualité du raisin.
Grandes cultures : les céréales sous panneaux fixes en hauteur continuent à produire des rendements satisfaisants, avec parfois une meilleure résistance au gel.
Élevages ovins et bovins : l’ombre créée sous les panneaux facilite le pâturage en été et réduit le stress thermique, ce qui a un impact positif sur le bien-être animal et la qualité des prairies.
Activité agricole | Type d’installation | Avantages principaux | Impacts sur la production |
|---|---|---|---|
Viticulture Merlot | Panneaux fixes en hauteur | Protection contre la chaleur, meilleure qualité du raisin | Rendement stable à +4% selon INRAE |
Grandes cultures (blé, maïs) | Panneaux fixes sur structures élevées | Protection gel, ombre partielle | Rendement maintenu avec légère variation selon météo |
Élevage ovins-bovins | Panneaux au sol ou sur poteaux bas | Ombre pour les animaux, amélioration qualité prairie | Amélioration du bien-être animal, meilleure qualité fourragère |
Impacts environnementaux et agronomiques de l’agrivoltaïsme prouvés par la recherche
Protection climatique : gel, grêle, sécheresse et rôle des panneaux solaires
Les panneaux solaires installés au-dessus des cultures jouent un véritable rôle de bouclier naturel. En filtrant partiellement l’ensoleillement et en protégeant des intempéries, ils limitent :
Les dégâts du gel en hiver grâce à une barrière limitant la baisse extrême des températures.
Les impacts de la grêle, évitant la destruction mécanique des plantes.
La sécheresse et le stress hydrique, en réduisant l’évaporation du sol sous ombrage.
Cette fonction protection est un point majeur démontré par les études INRAE, particulièrement dans les contextes méditerranéens et océaniques où les variabilités climatiques génèrent des pertes significatives.
Effets sur les rendements agricoles selon les cultures (données scientifiques)
Le passage à l’agrivoltaïsme a des effets variables selon les espèces cultivées. Voici un extrait des résultats d’études récentes appuyées par INRAE :
Culture | Effet de l’agrivoltaïsme | Variation du rendement |
|---|---|---|
Vigne Merlot | Réduction du stress thermique, meilleure maturation | +4% à +7% |
Blé dur | Ombre ponctuelle, protection des grains sensibles | -2% à +3%, selon météo |
Tomates sous serres photovoltaïques | Contrôle de la lumière, protection accrue | +10% de productivité |
Pommes de terre | Sensibilité à la lumière forte, protection bénéfique | Stable ou légère augmentation |
Ces variations confirment la nécessité d’adapter chaque projet au contexte agricole, mais aussi l’intérêt de l’agrivoltaïsme comme levier pour maintenir et optimiser la production agricole.
Bien-être animal et amélioration de la qualité des prairies
Dans les systèmes d’élevage, l’ombrage produit par les panneaux solaires améliore significativement les conditions de vie des animaux. Sous cette protection :
Le stress thermique est réduit, limitant la fatigue et les impacts négatifs sur la santé.
Les prairies pâturées bénéficient d’une meilleure humidité et d’une croissance plus homogène.
La qualité forage augmente, impactant positivement la production de lait ou de viande.
Ces bénéfices ont été démontrés dans plusieurs démonstrateurs INRAE, notamment ceux travaillant sur les parcours ovins et bovins en zones tempérées et méditerranéennes.
Résultats des démonstrateurs et études de l’INRAE en France
Les travaux menés par l’INRAE sont au cœur de la validation scientifique de l’agrivoltaïsme en France. Un des démonstrateurs emblématiques situé en Nouvelle-Aquitaine-Poitiers examine depuis plusieurs années l’interaction entre panneaux solaires, cultures et élevages. Les résultats soulignent :
Une stabilité ou une légère augmentation des rendements agricoles.
Un bénéfice environnemental net grâce à la réduction des besoins en irrigation.
Un accroissement de la production électrique sans empiéter sur l’espace agricole utile.
Une amélioration mesurable du confort animal et de la biodiversité.
Ces données confortent l’idée d’une intégration durable de cette technologie et appellent à son déploiement contrôlé sur le territoire national.
Cadre économique, enjeux financiers et législation française sur l’agrivoltaïsme
Revenus complémentaires pour les agriculteurs et stabilité financière
L’agrivoltaïsme offre aux agriculteurs une opportunité unique de diversifier leurs revenus grâce à la vente d’électricité photovoltaïque, tout en continuant leur activité principale. Cette double ressource peut offrir :
Une stabilité financière accrue, indépendante des aléas climatiques agricoles.
Un effet levier pour des investissements dans les équipements agricoles.
Une valorisation plus forte des parcelles grâce à la double production.
Dans plusieurs cas, les exploitants ont pu réinvestir une part des recettes pour améliorer leurs systèmes d’irrigation ou leurs méthodes culturales, dynamisant ainsi leur compétitivité.
Problématiques de partage de la valeur et spéculation foncière
Cette perspective nouvelle s’accompagne aussi de défis. Le partage de la valeur entre agriculteurs, propriétaires fonciers, développeurs et investisseurs peut générer des tensions. La multiplication des projets engendre également des risques de spéculation foncière, avec une hausse du prix des terres dans certaines régions.
Ces problèmes doivent être anticipés via des accords clairs, une gouvernance locale adaptée et une régulation pour garantir que les agriculteurs restent les principaux bénéficiaires de ce système innovant.
Nouvelles obligations réglementaires issues de la loi de 2023
La loi française de 2023 encadre désormais l’agrivoltaïsme avec des critères précis destinés à préserver la production agricole :
L’installation doit maintenir l’activité agricole principale sur la parcelle.
Les systèmes photovoltaïques doivent rendre des services à l’agriculture (protection, microclimat, etc.).
La surface couverte par les panneaux est plafonnée à un certain seuil pour éviter la saturation.
Cette législation assure un cadre solide pour un développement équilibré et garantit aux agriculteurs que leurs productions restent la priorité.
Décret de 2024 : critères de contrôle, rendement agricole et couverture maximale
Le décret publié en 2024 précise les modalités d’application de la loi en introduisant :
Un suivi obligatoire des projets pour vérifier le maintien de l’activité agricole et du rendement.
Des taux de couverture maximale du sol par les panneaux solaires adaptés selon les cultures.
Des critères pour définir les conditions de retour économique aux agriculteurs.
Cette réglementation vise à promouvoir une filière durable, transparente et responsable.
Recherche, innovation et avenir durable de l’agrivoltaïsme en France
Rôle clé d’INRAE, pôles nationaux et partenariats de recherche
INRAE est au cœur des efforts pour structurer l’innovation agrivoltaïque en France. En collaboration avec différents pôles de recherche nationaux, industriels et territoriaux, notamment le pôle national inauguré en 2023, ce travail vise à :
Développer des systèmes adaptés à divers contextes agricoles.
Créer des modèles économiques viables et équitables.
Évaluer les effets environnementaux et optimiser la durabilité des installations.
Ces partenariats assurent une montée en puissance progressive mais contrôlée de cette filière dans un souci d’efficacité et de responsabilité.
Expérimentations : maraîchage, vignes merlot, élevages et biodiversité
Les expérimentations menées par INRAE couvrent différents domaines :
Maraîchage : ajustements de l’ombrage grâce à des panneaux mobiles.
Viticulture : projet Merlot avec études sur la maturation des baies.
Élevage : impact sur le comportement animal et la qualité nutritionnelle des prairies.
Biodiversité : création de micro-habitats sous les installations.
Ces actions démontrent que la technologie peut répondre aux défis modernes sans sacrifier la richesse écologique.
Harmonisation des modèles économiques et défis de la filière
Le succès de l’agrivoltaïsme passe par l’harmonisation des approches économiques. Les principaux enjeux consistent en :
Une répartition claire des revenus entre acteurs.
Une adaptation des systèmes au terroir pour maximiser les co-bénéfices.
Une intégration cohérente des contraintes réglementaires.
Ces défis sont au centre des discussions entre chercheurs, agriculteurs et décideurs pour concevoir des solutions viables à long terme.
Perspectives pour la transition énergétique et la valorisation agricole
Avec un avenir marqué par la pression croissante des enjeux climatiques, l’agrivoltaïsme semble s’imposer comme un élément clé de la transition énergétique. En valorisant les terres agricoles, il propose :
Une diversification énergétique décentralisée.
Une contribution notable à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Une meilleure résilience des systèmes agricoles face au changement climatique.
Si le déploiement est maîtrisé, cette double exploitation des terres pourra devenir un modèle gagnant-gagnant pour les agriculteurs, la société et la planète.

Qu’est-ce que l’agrivoltaïsme ?
L’agrivoltaïsme est la double exploitation d’une parcelle agricole qui combine culture ou élevage avec la production d’électricité photovoltaïque, offrant un usage simultané des sols pour l’agriculture et l’énergie.
Quels sont les bénéfices agronomiques des panneaux solaires ?
Les panneaux offrent une protection contre le gel, la grêle et la sécheresse, réduisent le stress thermique des plantes, améliorent parfois les rendements selon les cultures et apportent de l’ombre appréciée par les animaux d’élevage.
Comment l’agrivoltaïsme est-il encadré en France ?
Depuis la loi de 2023 et son décret d’application en 2024, l’agrivoltaïsme doit garantir le maintien de l’activité agricole principale, respecter des seuils de couverture maximale et assurer un contrôle des performances agricoles.
Quels types d’installations agrivoltaïques existent ?
Il existe des systèmes avec panneaux fixes en hauteur, panneaux mobiles motorisés, panneaux bifaciaux, ainsi que des serres photovoltaïques adaptables à diverses configurations agricoles.
Quel rôle joue INRAE dans le développement de l’agrivoltaïsme ?
INRAE conduit des recherches et expérimentations en France pour optimiser les systèmes agrivoltaïques, évaluer leurs impacts agronomiques et environnementaux, et accompagner la structuration de la filière.




